Qu’est-ce qu’une campagne électorale réussie ?

A 31 jours des élections municipales, la plupart des candidats se sont d’ores et déjà lancés en campagne. Certains plus tôt que d’autres, quelques uns ne sauront tarder à lancer leur stratégie pour convaincre les milliers d’électeurs à voter pour eux. Mais dans quels cas pouvons nous parler d’une campagne réussie ? Eléments de réponse avec François Trétarre, conseiller international en communication publique et électorale.

Les élections municipales à Aulnay-sous-Bois, un événement à suivre sur 93600INFOS ! | (C) 93600INFOS / Alexandre Conan

Les élections municipales à Aulnay-sous-Bois, un événement à suivre sur 93600INFOS ! | (C) 93600INFOS / Alexandre Conan

Dans un mois tout juste, les électeurs seront appelés aux urnes pour élire le futur maire de leur commune. A Aulnay-sous-Bois, comme partout en France, les candidats ont pour la plupart lancé leur campagne électorale auprès des habitants. Chacun à leur manière. Tractage sur les marchés, collage sauvage d’affiches, porte-à-porte, réunion d’appartement, ou encore réunions publiques… De nombreuses manières existent pour mener sa propre campagne électorale. A chacun sa technique pour tenter de se démarquer de ses adversaires. Mais existe-t-il un moyen infaillible ? Comment s’organiser ? Qu’est-ce qu’une campagne réussie ? Peut-on dire que seul celui qui remporte l’élection a réussi sa campagne ? Nos confrères du site JolPress.com ont interrogé un expert en la matière, François Trétarre, auteur du livre « Campagnes Électorales : Principes et Pratiques de la Préparation et de la Conduite de Campagnes » publié aux éditions Gualino en février 2012. Il est également conseiller international en communication publique et électorale, mais aussi le fondateur de campagnes-electorales.fr, première plateforme française d’accompagnement électoral.

Au sujet des différences entre les campagnes électorales nationales et les campagnes en vue des municipales, l’expert insiste sur la différence d’échelle et sur une organisation différente:  « Elles tiennent avant tout à une différence d’échelle, notamment vis-à-vis de la différence de moyens et de nombre d’électeurs. En termes d’organisation, les équipes de campagne pour une élection nationale sont beaucoup plus structurées et professionnalisées. Il s’agit d’une condition essentielle à la bonne coordination des actions à l’échelle nationale. Il est par, exemple, fait appel à des logiciels de gestion de campagne, à des cabinets de conseil, les candidats sont coachés, les équipes formées… » Pour lui, les actions et les moyens de communication différent aussi: « L’utilisation des médias de masse a une place beaucoup plus large dans une campagne d’envergure nationale. Les débats télévisés, les interviews, ou encore les envois de courriers, d’emails et de SMS permettent de toucher les grandes masses d’électeurs. Internet joue également un rôle beaucoup plus fort pour une élection nationale. »

« Le nombre d’habitants de la commune va directement déterminer les plafonds de campagne et le remboursement des candidats. Il y a donc une différence de moyens en parallèle à celle du nombre d’électeurs. La sociologie des territoires va également avoir beaucoup d’influence » insiste t-il au sujet des différence entre les villes comme Lyon ou Marseille face à des villes comme Aubervilliers. « Mais quelle que soit la taille de la commune, un candidat doit chercher à s’entourer au plus tôt d’un directeur de campagne. Cela lui permettra de se décharger de la gestion quotidienne de façon à pouvoir se concentrer sur son rôle de candidat : rencontres avec les électeurs, participation à des événements, présence sur le terrain… Sans cela, les candidats se retrouvent vite surchargés, notamment à l’approche des élections. D’une manière plus générale, les candidats doivent œuvrer à s’entourer d’une équipe efficace et chercher autour d’eux les compétences qui leur seront utiles : infographie, conception de sites internet, écriture, photographie, connaissance du terrain… » Il insiste aussi sur le fait qu’une campagne doit être préparée à l’avance, organisée aussi: « Il ne faut pas sous-estimer le temps de préparation pour se lancer en campagne. Alors que certains candidats ne reçoivent l’investiture de leur parti politique que quelques mois avant la date de l’élection et doivent donc parer au plus pressé, d’autres commencent à se préparer plus d’un an à l’avance. Cela leur permet de se constituer une équipe solide, d’étudier la situation de la localité, de travailler à un programme détaillé, mais aussi de débuter des actions de communication sur le long terme : rencontres avec les prescripteurs d’opinion… »

Pour François Trétarre, il faut concentrer le discours et la campagne sur ce qui touche au plus près les électeurs. « Les messages les plus efficaces sont ceux qui sont proches de leur quotidien, de leurs préoccupations, de leurs attentes et de leurs besoins. Il faut être concret dans ses propos, éviter les généralités, utiliser des chiffres et des expressions qui « parlent » aux interlocuteurs. » Il s’agit là d’une différence majeure avec les campagnes nationales. Pour le conseiller en communication, « il apparaît une certaine porosité entre les thématiques faisant l’actualité au niveau national et les enjeux locaux. À l’approche des élections, de nombreuses études sont réalisées par les instituts de sondages afin de mettre en évidence les principaux enjeux considérés comme importants par les électeurs en vue des scrutins. Les candidats se servent souvent de ce type d’études pour savoir quelles thématiques mettre en avant dans leur programme et leur communication. Leurs possibilités de communication étant limitées, il leur faut faire des choix. Mais les candidats n’ont généralement pas les moyens de faire réaliser des études sur leur propre territoire et ils exploitent donc les résultats d’études nationales. Ils ne se servent alors de ces sondages nationaux que comme des indicateurs et modulent les résultats en fonction de leur propre connaissance de la localité. »

« Bien entendu, il est plus facile de personnaliser et d’adapter ses propos lors d’actions de communication comme du porte-à-porte, des appels téléphoniques, des entretiens de rue ou encore de la distribution de tracts par secteur géographique que sur des actions de masse » précise-t-il. Ces différentes actions sont proposées par la plupart des candidats aulnaysiens: Jacques Chaussat (UDI) a opté pour le porte-à-porte, tandis que Gérard Ségura (PS) a proposé des tracts différents selon les quartiers pour insister sur son bilan au plus près des habitants, Bruno Beschizza (UMP) a lui préféré les réunions d’appartements et les entretiens de rue. En ce qui concerne Alain Amédro, il organise de nombreuses réunions publiques sur des thématiques différentes à chaque fois, invitant des experts sur le sujet abordé. Ce sont bien sur des exemples des actions qui sont menées par les candidats.

« Alors que l’on pourrait penser que tous les candidats cherchent à remporter l’élection et donc qu’une campagne réussie et une campagne victorieuse, la réalité diffère souvent. D’abord, tous les candidats ne débutent pas leur campagne sur un même pied d’égalité. Leur notoriété initiale et leur image sur la localité, leur base militante, leurs soutiens, leur expérience des campagnes et les compétences de leur équipe, leur temps libre pour faire campagne… sont autant de facteurs qui varient d’un candidat à l’autre. » Nous soulignerons ce dernier point avec un exemple: certains candidats préfèrent faire distribuer leurs tracts dans les boîtes aux lettres par leurs militants, alors que d’autres préfèrent faire appel à des professionnels. « Alors que certains vont mener une campagne de gain, d’autres préfèreront une campagne de notoriété dont le but consiste à bien se positionner pour une prochaine élection. Ils ne chercheront pas à être élus mais à maximiser leurs chances pour la prochaine fois. Certains candidats peuvent aussi avoir pour objectif de rallier une autre liste mieux placée » poursuit-il. « Un candidat qui sait sa défaite certaine cherchera par ailleurs à obtenir un maximum de voix de façon à pouvoir placer le plus possible de conseillers d’opposition. Enfin, notons qu’un score minimum étant nécessaire pour obtenir le remboursement forfaitaire des dépenses de campagne, les « petits candidats » chercheront avant tout à dépasser ce seuil » conclut l’expert.

Vous l’aurez compris, une campagne réussie est donc une campagne qui atteint les objectifs fixés par le candidat et son équipe, voire parfois en concertation avec ses supérieurs politiques. Pour lire l’entretien complet avec ce conseiller international en communication publique et électorale, vous pouvez accéder au site www.jolpress.com.



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Fondateur du site d'informations locales 93600INFOS.fr. Etudiant en communication.