Le maire face aux parents sur la question des rythmes scolaires: satisfaction et inquiétude

Mercredi dernier, Bruno Beschizza a organisé une réunion publique au gymnase Pierre Scohy pour sonder les parents d’élèves sur la réforme des rythmes scolaires. 24h après une rencontre avec les professeurs et directeurs d’écoles, le maire a reçu la satisfaction et le soutien des aulnaysiens. Cependant, de nombreux parents ont exprimé leur inquiétude quant au pouvoir de l’Education Nationale sur les enseignants. Si cette « crainte est légitime », le maire reste ferme : « Aulnay n’appliquera pas la réforme à la rentrée 2014. »

Environ 300 parents ont fait le déplacement pour écouter et poser des questions au maire. | (C) 93600INFOS / Alexandre Conan

Environ 300 parents ont fait le déplacement pour écouter et poser des questions au maire. | (C) 93600INFOS / Alexandre Conan

Après avoir pris la décision en conseil municipal de ne pas appliquer la réforme des rythmes scolaires à Aulnay-sous-Bois en septembre prochain, le nouveau maire (UMP) Bruno Beschizza a réuni les directeurs, et professeurs des écoles, mais aussi les parents d’élèves aulnaysiens lors de deux grandes réunions publiques la semaine dernière au gymnase Pierre Scohy. L’objectif était ainsi de sonder les aulnaysiens, d’écouter leurs avis et leurs propositions, tout en s’assurant du soutien de la population sur ce dossier. Car pour l’élu, « on ne peut pas appliquer une réforme qui va à l’encontre des parents et des enfants ». Et c’est dans cette optique que Bruno Beschizza demande du temps « pour réfléchir à un projet convenable pour l’enfant », proposant ainsi « un schéma de concertation et de réflexion d’une durée d’au moins un an » et non pas un projet monté en deux mois. Un délai qu’a jugé « un peu court » un papa, qui est également enseignant, rappelant qu’une « telle réforme impacte toute la vie locale, au delà du milieu éducatif ». Un avis qui n’est pas partagé par l’ensemble des parents. En effet, plusieurs parents qui ont participé aux dispositifs de concertation mis en place par la précédente majorité municipale ont l’impression « d’avoir perdu leur temps », rappelant le comité de pilotage lancé « il y a environ neuf mois ».

Des propositions, des demandes: un dossier sensible

Et l’engagement passé des parents a suscité un vif engouement. « Dans votre lettre envoyée à tous les parents aulnaysiens, vous déplorez -l’absence de volonté et de décision dans la définition d’un projet respectueux de l’intérêt supérieur des enfants-, mais c’est ignorer l’implication des parents pendant ces neuf derniers mois. » Une lettre dans laquelle le maire souligne de nombreuses interrogations, sur « le financement de cette réforme extrêmement coûteuse » mais aussi « sur les difficultés d’organisation et la qualité de ces nouveaux temps périscolaires ». Car selon le directeur du service éducation de la mairie, « 70 000h d’activités périscolaires seront nécessaires pour appliquer la réforme, sachant que seulement 2 000h peuvent être prises en charge par les structures culturelles de la ville ». Alors, quelques parents ont dénonce un double discours: « ce n’est pas ce qui nous a été dit pendant ces derniers mois, le discours est aujourd’hui beaucoup moins enthousiaste ». Mais de nombreuses propositions ont également été effectuées par les parents, comme la possibilité de sélectionner quelques écoles pour tester un projet, ou bien augmenter la durée de la pause méridienne pour permettre aux enfants d’avoir plus de temps pour manger. Des questions sur lesquelles Bruno Beschizza assure être à l’écoute et rappelle « prendre en compte toutes les idées données, aussi bien dans le passé qu’à l’avenir ». Certains parents ont surtout demandé au maire d’assurer toutes les conditions pour accueillir les enfants en toute sécurité », citant notamment l’exemple de locaux endommagés suite à un incendie survenu il y a plusieurs mois.

Une inquiétude majeure: est-on certains que la réforme ne sera pas appliquée à la rentrée ?

Mais face aux questions, propositions et demandes effectuées par les parents, une grande inquiétude s’est révélée mercredi soir. « Si les enseignants sont contraints par leurs supérieurs de l’Education Nationale d’appliquer une réforme à la rentrée de septembre, que feront nos enfants à partir de 15h ? Seront-ils dans la rue ? » déplore une maman inquiète, rappelant que le maire n’a pas de pouvoir direct sur les enseignants. « Est-on certains de ne pas être réunis en dernière minute fin août pour nous annoncer que la réforme sera finalement appliquée dés le 1er septembre ? » interroge un papa. Ou encore, une maman demande s’il ne serait pas possible de « compenser la non application de la réforme à la rentrée par des jours de vacances en moins durant l’année ». Une « crainte légitime » à laquelle Bruno Beschizza est ferme: « Aulnay-sous-Bois n’appliquera pas les nouveaux rythmes scolaires cette année. On me dit souvent: -attention, vous allez être sanctionnés-. Mais comment vont-ils nous sanctionner ? En envoyant les CRS chercher enfants et enseignants ? En nous condamnant à verser une amende ? Si Aulnay applique la réforme, ce sont 2,6 millions d’euros qui seront retirés de la comptabilité municipale. Nous n’avons pas les moyens financiers, et humains, pour appliquer ce décret en septembre. » Enfin, une dernière remarque a été faite durant la soirée par un papa: « Le comité de pilotage pourra faire toutes les bonnes propositions possibles et imaginables mais sans la question du financement réglée, on ne pourra rien faire. » Une intervention qu’a complété le maire en soulignant que « faire du périscolaire de qualité, ce n’est pas faire du périscolaire pour tous mais faire du périscolaire adapté à tous, en fonction des besoins de chaque enfant ».