Eurovision: Yvan Le Bolloc’h apporte son soutien aux chanteurs aulnaysiens

Le célèbre acteur de la comédie Caméra Café, mais aussi musicien dans le groupe Ma guitare s’appelle reviens, a décidé d’apporter son soutien à Anaïs, Einath, Théo et Monir dans leur course pour l’Eurovision. Alors que la décision du comité de sélection français va bientôt tomber, nos jeunes chanteurs aulnaysiens sont soutenus par de grands noms médiatiques. Rencontre avec un acteur, musicien attaché aux talents des banlieues.

Yvan Le Bolloc'h, qui a vécu en banlieue pendant plusieurs années, a souhaité accompagner les jeunes chanteurs. | &copy David Ken
Yvan Le Bolloc’h, qui a vécu en banlieue pendant plusieurs années, a souhaité accompagner les jeunes chanteurs. | &copy David Ken

Pourquoi soutenez-vous ce projet ?
« J’apprécie tout particulièrement quand la banlieue propose des initiatives ou des projets qui font rêver, il faudrait les soutenir. J’adhère. La candidature de ces jeunes aulnaysiens s’inscrit dans cette démarche positive. »

Vous connaissez la banlieue ?
« Je soutiens naturellement ce projet car j’ai grandi non loin de chez eux, à Villemomble précisément. Il y a une forêt de talents en banlieue : Grand Corps Malade, Djamel Debouzze, La Fouine, Kery James par exemple. Ces quelques noms ne sont qu’un arbre qui pour l’instant cache une forêt de talents. Grandis à l’ombre des associations et conservatoires : ils sont nombreux à patienter dans l’ombre. Aujourd’hui, cette candidature de jeunes à l’Eurovision représente un espoir inespéré de représenter la France quand on habite Aulnay-sous-Bois. C’est pourquoi il faut
y aller sans complexe. »

La culture, un espoir pour ces quartiers ?
« C’est la double peine de vivre en banlieue : non seulement tu portes une image négative malgré toi, et en plus tu n’es pas sur Paris. Loin des centres de décision, loin des grandes scènes culturelles… te rendre dans la capitale en transports depuis Clichy-sous-Bois ou Villemomble est presque aussi long que de passer par Auxerre avec sa voiture. Tout est plus long en banlieue.

Cependant, il ne faut jamais s’empêcher de rêver dans ces quartiers. Au vu des dernières performances françaises à
l’Eurovision, je vois bien la banlieue nous sauver des profondeurs du classement. Aujourd’hui, la diversité qu’ils incarnent se met au service de la France et plus cette diversité sera mise en avant, mieux ce sera. La France est partout, et surtout en banlieue.

Le chef d’orchestre de ce projet s’appelle Abdelouab Seba. Il fait partie d’une fratrie de musiciens que j’ai connu à Trappes il y a 15 ans. C’est grâce à l’album « Ewa » qu’Abdel a rejoint mon groupe. J’en profite pour saluer toute la famille qui va lire cet article (Rires). »

Quel rôle pour la culture en banlieue ?
« La culture a toujours été un élément qui nous relie les uns aux autres. Si on ne partage pas l’air, le soleil, la pluie et la culture, alors qu’avons-nous en commun ? C’est avant tout notre héritage à tous car la culture est partout : dans la musique, le théâtre, le cinéma ou même la langue par exemple. Il faut redire que la culture est la chose la plus facile à partager, que ce soit autour d’un plat ou d’une chanson. C’est comme une source d’émancipation, un lien social
indispensable. »

Savez-vous où en sont ces jeunes dans leur parcours musical ?
« Oui, je le sais parfaitement. Abdel me tient au courant de l’avancée du projet : Anaïs, Einath, Théo et Monir se réunissent plusieurs fois par semaine dans un conservatoire de musique pour répéter leur chanson. C’est actuellement pour eux la meilleure période, lorsque le comité de sélection aura fait son choix, et s’ils sont sélectionnés, ils devront faire face à une importante pression artistique et médiatique. Avec Sylvette Leconte,
coordinatrice du projet et auteur compositeur du titre « Emmène-moi », je les sais parfaitement encadrés. »

Mais l’Eurovision, ce n’est pas un peu ringard ?
« Il est vrai que ça fait un bon bout de temps que nous ramons au niveau des performances. On prend des dérouillées
pas possibles. L’an dernier, nous n’étions pas derniers mais seulement avant derniers. A tel point que les gitans et moi avons songé à nous inscrire pour tirer la France de ce mauvais pas (Rires). On s’était alors portés sur les listes mais nous n’avons pas été retenus, ils n’ont pas dû aimer nos costumes. »

Alors il faut y aller ou ne pas y aller ?
« Si Anaïs, Einath, Théo et Monir sont sélectionnés, il leur faudra se démarquer musicalement, visuellement, sans tomber dans le niais ou le ridicule qui ne sont jamais très éloignés. On pourra toujours gloser sur ce concours, l’Eurovision reste l’une des plus fortes audiences des télévisions européennes. »

Entretien réalisé par Alexandre Conan